Lettre à l'absent

Salut les gens, 

Hier nous étions le 13 septembre, jour de l'anniversaire de Enjà, la fille de Lionel. L'idée que cette petite fille, belle comme un lever de soleil, grandisse sans connaitre l'homme incroyable qu'était son père m'a fait frissonner. Et j'ai détesté cette matinée. Il m'a fallu la montagne pour retrouver mes esprits et penser fort à lui...

Mon Lionel, 

La pluie dégringolait du ciel ce matin. J'avais en tête de participer à un trail. Tu sais, cette course d'anorexiques comme tu nous appelais. Mais je n'avais pas le gout de me confronter à d'autres personnes. J'ai en moi un peu de Thiéfaine " Quand je fréquente un peu trop les autres, je souffre..." Alors, je suis rentré dans ma bulle, en pensant à toi, à ta famille, à ceux qui t'aiment et à qui tu manques, tes potes. Je sais, ça fait beaucoup de monde. Faut dire aussi que tous ceux qui t'ont croisé un jour en sont restés marqués. Tu nous manques ici. Et en même temps, je me dis que tu n'aurais pas beaucoup goûté au monde que nos politicards nous proposent. Hier avait lieu la fête de l'humanité. La fête de l'humanité !!!!!! Sur cette planète qui laisse crever des gens de faim, de froid, de misère. Sur cette terre où l'on offre 14 millions d'euros à un patron pour avoir bien licencié, ou le salaire de nos sportifs dépasse le raisonnable. Tu aurais grondé, hurlé, comme tu le faisais déjà. Mais chaque jour qui passe est un pas de plus dans l'ignominie. Alors, quand le dégoût est trop épais, quand ma salive ne passe plus, quand mes larmes ne sortent plus. Il me reste, comme toi, la montagne. Oh, ce n'est pas du tout le même style de montagne. Tu partais équipé de crampons, de cordes, de piolets, de skis et là haut, loin du monde qui braille, tu rêvais et t'éclatais. Ce n'est pas mon domaine. Malgré mon admiration pour vous, les montagnards, les alpinistes. Humblement, de mon coté, je chausse mes runnings, je remplis mon kamel back, Eclipse en éclaireuse et je cours cette montagne que toi aussi tu aimais. Dans une chanson, j'ai écrit que tu étais dans chacun de nos pas. C'était tellement vrai hier. Et une fois là haut, sur ce st Jacques, je regardais la vallée, je repensais à tes premiers pas sur les skis. Putain, c'était hier et ça fait une éternité. Voilà mon Lionel, la vie se charge de séparer ceux qui s'aiment parait il, elle se charge aussi de nous faire porter des croix bien trop lourdes parfois. Et en ce moment, les tiens plient l'échine. Je t'embrasse. On t'embrasse. Salue Coluche et Brassens pour moi une fois de plus.

 

Chris

colères Rimbaud Lionel Broche trails

Commentaires (1)

1. BROCHE Maurice 15/09/2015

Merci pour ce texte qui résume si bien nos pensées et nos souffrances.
Oui sa fille, ma toute petite fille, ne connaitra jamais l'homme exceptionnel qu'était son père. J'ai un temps cru pouvoir un jour lui inculquer ses valeurs, l'amour de la montagne, du respect de la nature et de la morale qui l'ont toujours guidé, lui apprendre le goût de certains combats ....mais je ne crois plus pouvoir être en mesure de le faire.
Tu as raison la vie, la bêtise humaine se chargent de séparer ceux qui s'aiment, les morts mais aussi les vivants.
Tu as encore raison lorsque tu dis qu'elle nous fait porter des charges bien trop lourdes. C'est vrai chaque jour nous plions l'échine un peu plus sous son poids mais jusqu'où peut-on plier sans se rompre?
Je sais que son esprit est avec nous au quotidien et qu'il nous accompagne et nous soutient mais trouvera t-il un jour la paix?
Pour nous ses parents son absence est toujours aussi insupportable et aucun des jours qui passent n'atténue notre peine.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×