Journal d'un confiné 8

Salut les gens, 

Retour aujourd'hui sur cette page pour poursuivre l'écriture de ce journal d'un confiné.Ce billet ne sera sans doute pas le plus gai. Il ne sera sans doute pas très structuré non plus. Ce matin, comme dirait un ami, j'ai le blase. Dehors, le soleil brille de mille feux mais dans ma tête, la nuit est tombée. Vous allez me dire que je n'ai pas trop à me plaindre, qu'il y a toujours pire et même si vous avez raison. Ici, je craque un peu. Je craque car j'en ai marre d'avoir mal à ce fichu pied. Cette douleur persistante devient compliquée à vivre. Boiter, se crisper à chaque pas, craindre le moindre contact. J'en ai marre. Et puis, je regarde là-haut. Là-haut, où la montagne semble vraiment me narguer, noyée sous le beau temps. A cette époque, je cours, je cours, je cours en général. Des sorties trails entrecoupées de rando à skis. Je me gave de solitude et de silence. Je me remplis de cette beauté que les hommes s'échinent à tuer.Je suis ce qu'on appelle un traileur contemplatif. J'aime être dans ce monde à part. Ce monde d'espace, de solitude et de silence. Et ça me manque. C'est mon monde, mon univers. Et je suis comme un étranger enfermé. Alors oui, parfois je m'énerve. Je m'énerve en voyant des randonneurs peu scrupuleux. Quand je les vois laisser leurs déchets. Ils m'énervent aussi quand ils jettent des pierres pour faire courir les marmottes. Et ils me rendent fou quand ils sont armés et cherchent à dézinguer tout ce qui bouge. Aucun respect pour la vie. Je ne comprendrais jamais ce besoin de sang. Ce besoin de puissance. D'avoir l'impression de dominer, d'avoir le droit de vie ou de mort. Je vous vomis chasseurs. Savez-vous qu'ils ont des dérogations durant ce confinement pour aller assouvir leur besoin de mort ? Politiques, je vous vomis aussi.

Alors comment ne pas virer fou ? Je ne m'ennuie jamais, mais le manque est là. Alors quoi faire. Je lis, je lis, je lis. Et je retrouve aussi le plaisir des mots croisés. En général, après le repas, un petit café au soleil avec une grille à remplir. Et puis... Ecrire. La reprise de mon roman " Je n'ai pas dansé depuis longtemps" me permet de m'immerger dans l'histoire, dans les personnages. Une sorte de soins paliatifs. 

La musique aussi m'aide à tenir le coup. Le concert en pointillé de Eric Frasiak, Evelyne Gallet ou Marion Roch. Mais.... "Pas d'soucis" me manque. Nous venons de sortir notre 7ème album et nous rêvions d'aller le faire découvrir. Mon pote me manque, nos fous rires en répète comme en concerts, notre complicité, réduite à nos appels quotidiens.

Mes chers parents me manquent. Je ne peux conduire, je ne les ai pas vu depuis un siècle. Quelle tristesse. Eux que j'aime tant.

Mes amis, mes chers amis, vous me manquez aussi. Que vous soyez mes potes, mes collègues d'en haut. Nos chambrages, nos rigolades, nos déprimes. Nos conneries. Ne plus pouvoir planquer les skis de Jean. Ne plus graisser les skis de Jean. Ne plus pouvoir lui remplir son sac de conneries. Bref, une belle équipe. OUI, vous me manquez. 

Mon ami Fab, mon très cher ami. Nos liens sont si forts. Ils sont réduits à des appels. Mais, nos discussions, nos échanges, nos repas. Ton intelligence, tout me manque. 

Voilà les gens, c'était la complainte d'un privilégié. Mais aujourd'hui, le noir prend le dessus sur la lumière.

Chris.

 

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