trails

Journal d'un confiné 8

Salut les gens, 

Retour aujourd'hui sur cette page pour poursuivre l'écriture de ce journal d'un confiné.Ce billet ne sera sans doute pas le plus gai. Il ne sera sans doute pas très structuré non plus. Ce matin, comme dirait un ami, j'ai le blase. Dehors, le soleil brille de mille feux mais dans ma tête, la nuit est tombée. Vous allez me dire que je n'ai pas trop à me plaindre, qu'il y a toujours pire et même si vous avez raison. Ici, je craque un peu. Je craque car j'en ai marre d'avoir mal à ce fichu pied. Cette douleur persistante devient compliquée à vivre. Boiter, se crisper à chaque pas, craindre le moindre contact. J'en ai marre. Et puis, je regarde là-haut. Là-haut, où la montagne semble vraiment me narguer, noyée sous le beau temps. A cette époque, je cours, je cours, je cours en général. Des sorties trails entrecoupées de rando à skis. Je me gave de solitude et de silence. Je me remplis de cette beauté que les hommes s'échinent à tuer.Je suis ce qu'on appelle un traileur contemplatif. J'aime être dans ce monde à part. Ce monde d'espace, de solitude et de silence. Et ça me manque. C'est mon monde, mon univers. Et je suis comme un étranger enfermé. Alors oui, parfois je m'énerve. Je m'énerve en voyant des randonneurs peu scrupuleux. Quand je les vois laisser leurs déchets. Ils m'énervent aussi quand ils jettent des pierres pour faire courir les marmottes. Et ils me rendent fou quand ils sont armés et cherchent à dézinguer tout ce qui bouge. Aucun respect pour la vie. Je ne comprendrais jamais ce besoin de sang. Ce besoin de puissance. D'avoir l'impression de dominer, d'avoir le droit de vie ou de mort. Je vous vomis chasseurs. Savez-vous qu'ils ont des dérogations durant ce confinement pour aller assouvir leur besoin de mort ? Politiques, je vous vomis aussi.

Alors comment ne pas virer fou ? Je ne m'ennuie jamais, mais le manque est là. Alors quoi faire. Je lis, je lis, je lis. Et je retrouve aussi le plaisir des mots croisés. En général, après le repas, un petit café au soleil avec une grille à remplir. Et puis... Ecrire. La reprise de mon roman " Je n'ai pas dansé depuis longtemps" me permet de m'immerger dans l'histoire, dans les personnages. Une sorte de soins paliatifs. 

La musique aussi m'aide à tenir le coup. Le concert en pointillé de Eric Frasiak, Evelyne Gallet ou Marion Roch. Mais.... "Pas d'soucis" me manque. Nous venons de sortir notre 7ème album et nous rêvions d'aller le faire découvrir. Mon pote me manque, nos fous rires en répète comme en concerts, notre complicité, réduite à nos appels quotidiens.

Mes chers parents me manquent. Je ne peux conduire, je ne les ai pas vu depuis un siècle. Quelle tristesse. Eux que j'aime tant.

Mes amis, mes chers amis, vous me manquez aussi. Que vous soyez mes potes, mes collègues d'en haut. Nos chambrages, nos rigolades, nos déprimes. Nos conneries. Ne plus pouvoir planquer les skis de Jean. Ne plus graisser les skis de Jean. Ne plus pouvoir lui remplir son sac de conneries. Bref, une belle équipe. OUI, vous me manquez. 

Mon ami Fab, mon très cher ami. Nos liens sont si forts. Ils sont réduits à des appels. Mais, nos discussions, nos échanges, nos repas. Ton intelligence, tout me manque. 

Voilà les gens, c'était la complainte d'un privilégié. Mais aujourd'hui, le noir prend le dessus sur la lumière.

Chris.

Journal d'un confiné

Salut les gens. 

Je vous fait part de mon journal perso d'un confinement. Aujourd'hui, l'étape 1 : 

Le traileur en cage.

7h, je pose un pied hors du lit. Pas encore tout à fait là ( mais le serais-je vraiment un jour ?). Je marche vers la pièce principale et regarde ma Naïka en boule dans son panier. Elle semble endourmie et lasse. Mais en un éclair, la voilà debout et sautant de partout pour me dire bonjour. Cela flatte toujours un peu mon égo de savoir que quelqu'un est content de me voir. Puis, nous mettons en place notre rituel. Elle se dresse sur ses pattes arrières et vient caler son museau dans mon cou. Moment privilégié de tendresse et de complicité. Nos chiens ont besoin d'habitudes semble-t-il. Je lui mets son collier et nous sortons ( oui, je sais, c'est mal), pour qu'elle puisse faire ses besoins. Nous sommes à la montagne, derrière la maison, des prés, des forêts, des sommets. Retour à la maison. Le thé vert, les tartines, France Inter. J'entends tomber les nouvelles du monde et je repense à Philippe Djian " Est-ce que tout va si mal / Est-ce que rien ne va bien / L'homme est un animal me dit-elle". Ouais, tout va mal.

Je regarde dehors, le St Jacques semble m'appeler, le MT Pourri me fait de l'oeil. Les beaux chemins noirs, comme les appelle Sylvain Tesson, des forêts m'appellent telles des sirènes. Je rêve. Je rêve d'enfiler mes basquettes. Je rêve de mettre en route la montre et de faire le petit signe à Naïka. Le petit, de la tête et qu'elle comprend très bien. Remarquez, cette géniale chienne devine tout. Mes moindres gestes. Tee-shirt, short, buff et remplissage des gourdes. La voilà qui me suit pas à pas. Suppliant du regard " Tu ne m'oublies pas hein...". Alors, dans un temps précédant, dans un temps d'avant le confinement, nous démarrions, elle et moi. Pas une seule fois, PAS UNE SEULE FOIS, depuis deux ans qu'elle est là, je n'ai entamé une sortie sans penser à Eclipse. Eclipse ?  C'était ma merveille, mon cadeau dans ce monde toxique. Mais elle s'en est allée, empoisonnée. Et mon univers s'est écroulé. 

Naïka enjambe les troncs d'arbres, saute dessus les souches et les branches. Naïka se roule dans un névé, souvenir de l'hiver. Mais surtout, Naïka revient me chercher au galop. Elle vient quémander une caresse. Et on repart, au milieu de nul part, dans le silence relatif de la forêt. Où des pas font craquer les feuillages, où les oiseaux se lancent des messages. Au moment où j'écris ces lignes, je suis sur ma terrasse. Le soleil vient me piquer les yeux. Et ce confinement nous permet de nous réaproprier tous les bruits de la nature. La circulation est bien moindre, bien ralentie. Même si quelques irréductibles CONNARDS se prennent pour le centre du monde, pour un cas unique, mettant à mal le travail de notre formidable personnel soignant. Celui-là a telle raison de sortir, celle-là doit impérativement aller. Ceux-çi ne supportent pas la captivité. Ah, enfin, vous comprenez enfin ce que ressentent les animaux des zoos ? Innocents et pourtant enfermés, exibés. Je n'aime les animaux que vivants et libres. A des années lumières de nos chasseurs / Régulateurs. C'est toujours un souci d'ailleurs. Le traileur et le chasseur ne font pas bon ménage. Cela aurait pu faire l'objet d'une fable de la Fontaine non ?

Voilà, mon rêve de run en forêt se termine. Naïka s'allonge sur la pelouse, je me pose près d'elle. Vivement, vivement la prochaine sortie en réel.

Prenez soin de vous.
Chris.

En mai, garde ton bonnet

Salut les gens, 

Moi qui déteste les prédictions à la con, style en avril ne te découvre pas d'un fil, je pense qu'on peut éventuellement changer celui de Mai. Ici, c'est plutôt, " En mai, garde ton bonnet". Quelle météo incroyable. Il semblerait que Février et Mai se soient inversés non ? 

Il parait qu'à chaque chose malheur est bon. J'ai trouvé, en montant sur ces sommets que j'aime tant, de vraies bonnes conditions de ski de rando encore. Avec notamment des sorties dans 20cm de poudre légère et volante. J'y trouve là-haut apaisement et oubli. Là-haut, je vais loin des menteurs, des tromperies, des faux semblants, des donneurs de leçons. Là-haut, authenticité et simplicité. Et parfois, parfois, une rencontre incroyable. Mardi, le soleil ouvre ses cils d'or, je me décide au réveil à une sortie skis aux pieds. Je décide aussi d'emmener ma Naïka. Si elle est de chaque sortie trail, en ski, je la laisse parfois à la maison. Pas envie qu'une corniche cède, pas envie d'une coulée, d'un démarrage intempestif derrière un chamois. Et parfois aussi, j'ai envie d'une descente d'une traite dans la poudre qui vole. Mais en ce mardi, je la prends. Elle est heureuse et se roule dans la neige tandis que j'avale le dénivelé en regardant autour de moi. C'est d'une beauté à tomber. Et soudain, après une heure trente de grimpette, je vois une sillouette derrière des arbres. J'attends qu'elle bouge. Un renard non ? Je m'arrête, j'attends.Il bouge enfin. Mais, mais, mais, il est gris, marche la queue entre les jambes est bien plus haut qu'un renard.... J'avance tandis qu'il m'observe. Plus de doute, UN LOUP. l'émotion est grande. Je suis ému aux larmes con comme je suis. Il traverse le couloir de neige et file sur l'autre versant. j'ai la chance de l'observer pendant trois ou quatre minutes. De temps en temps, il fait une halte pour nous observer. Je garde ma chienne près de moi. Il disparait. Nous reprenons l'ascension des images pleins la tête. Je vais me régaler de cette rencontre, de cette sortie, de cette descente dans une super neige. En attendant ma Naïka mais pas tant que ça, car elle galope à l'approche de ses deux ans. Nous avons passé un superbe moment. Une belle montée, un loup, un casse croute tout en haut et dans la solitude, du bon ski. Le top. Différents des jours précédents où j'ai fait succéder montée, descente, montée sur autre versant, descente. La liberté quoi. 

Je reviens vous donner mes conseils littéraires et musicaux.

A bientôt les gens.

Chris.

Trail et Naïka

Salut les gens, 

Je m'en vais vous conter une petite sortie trail qui a grandement éclairé ma semaine dernière et éclairée ma petite vie. Mon idée première était une sortie au lac d'amour, au pied de la Pierra Menta. Je me prépare, je vois bien que Naïka craint que je la laisse là. A peine le coffre ouvert qu'elle saute dans la voiture. Nous voilà à Plan Pichu, au bord d'un magnifique petit ruisseau. J'enfile les runnings, le camelback et c'est parti. Dès les premières foulées, je sais que je vais me régaler. Le "petit chemin" si cher à mon ami Gilles est raide, je trouve la bonne carburation, la bonne respiration. C'est juste magnifique. L'automne commence à étirer ses belles couleurs rouges. J'arrive rapidement au refuge de la Coire et je me dis que je vais passer par la croix du berger pour changer un peu et puis.... Arrivé au cormet d'Arèches, je change d'idée, je me lance dans la descente vers le lac des fées. Naïka est tout joyeuse derrière moi, nous croisons un couple de randonneurs et dépassons vite ce petit lac de montagne. Je cherche le sentier du regard et je me lance rapidement, c'est incroyablement beau, de temps à autre, à travers les arbres, nous apercevons les eaux du lac de St Guérin, 5kms plus tard, nous y arrivons. L'eau est limpide et claire. Magique. Une superbe passerelle suspendue doit nous permettre de traverser pour remonter par l'autre versant. Sauf que.... Ma Naîka refuse d'avancer. Le vide ? Les grilles qui lui font mal aux pattes ? Je ne sais pas. Je la prends dans mes bras pour un traversée d'une centaine de mètres avant de la reposer et de reprendre mes jambes à mon cou sur une portion plate. Nous découvrons une petite crique, Naïka là, n'hésite pas et se jette à l'eau. Je la regarde en rigolant. "Bon, dis donc, on y va ?". Nous attaquons alors la montée vers le col de la Loose. Je sors les bâtons et la grimpette sollicité chaque muscle. Nous voilà à ce fameux col, près des lacs de la tempête. Le panorama est à couper le souffle. Au dessus de nous tournent trois vautours. J'adore !!!!! Ne voulant pas prendre de risques avec ma chienne, j'opte pour le contournement du Riondet plutôt que de l'escalader. La portion est très technique et je ne réussis pas souvent à courir mais peu importe, nous sommes seuls au monde. Je craignais de tomber sur des chasseurs mais effectivement, il faudrait marcher pour arriver jusque là..... Nos premiers écologistes de France comme les appelle le président de Yves Paccalet et des bobos, leur donne tous les droits. Bref. Nous grimpons, grimpons. Un peu plus haut, une plate forme. En contrebas, le lac de St Guérin. Nous faisons une halte pour admirer la vue. Naïka se couche contre moi. Allez, go ma belle. Il nous faut atteindre le Cret du Boeuf avant de prendre le superbe sentier qui nous ramène vers le cormet d'Arèches. Les cerfs brament aux alentours, c'est sublime. C'est parti pour une descente à fond les ballons sous le regard des vaches. Nous voilà déjà à Plan Pichu. Je me change, prends mon casse-croute et nous allons, nous installer près de la rivière pour un moment de grâce, ma chienne et moi. Nous repartons 30mn plus tard. Je me mets un petit Gauvain Sers dans la voiture pour rentrer. C'est la douche et une petite pause tranquille avec un livre. Que dire de plus, ce fut un pur bonheur de courir dans cette nature que l'homme assassine chaque jour. Une journée comme je les aime, sans parler.

A refaire. A bientôt les gens, les vrais.

Chris.

Carnet de trails

Salut les gens, 

Petit retour sur le jeudi 14 juin. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages, le ciel est parsemé de cumulus plus ou moins menaçants. Mais qu'importe, je repense à Xavier Thévenard " Il n'y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vétêments". Alors on décolle, ma belle Naïka et moi depuis La Plagne. Nul besoin de rouler, rouler, et rouler encore pour trouver des sentiers merveilleux. Nous partons en direction des Frasses. D'entrée, me reviennent en tête une multitude de souvenirs. Notamment lorsque je passe là durant la 6000 D. Je suis passé ici dans différents états. Euphorique la première année, en grande souffrance la seconde, bien mieux la troisième, bref, je connais le lieu comme ma poche, il m'arrive souvent de rentrer du boulot par là en été. J'aime l'ambiance. Je trouve rapidement mon rythme de croisière, je suis heureux de voir que Naïka s'éclate en faisant la folle. Nous arrivons rapidement aux Frasses, direction le Plan-bois. Ma Naïka ne rate AUCUNE flaque !!! elle est dans un état !!!! Mais heureuse, alors je le suis aussi, que d'amour, que de fidélité dans son regard. On ne se trahira jamais et cela donne une force, une confiance. Nous arrivons au plan bois. La vue est à tomber. En face de nous le versant du soleil, la grande Parei, la Pierra Menta. Magique. Un jour, je t'emmenerai là-haut ma belle. Quand tu seras plus grande, quand tu serais prête. Je t'expliquerais nos virées avec la fabuleuse Eclipse. C'est en pensant à elle que je me lance dans la montée en direction du mont st Jacques. Non, nous n'irons pas au sommet, pas encore, il faut que Naïka grandisse encore. Mais en route, je suis rattrapé par les souvenirs. Je me vois clairement sur ce sentier avec Eclipse qui galope. Je vois précisément la traversée du ruisseau où elle allait se coucher. J'appelais ça "sa piscine". Je regarde la croix là haut et impossible de retenir les larmes. C'est comme un gamin, des flots et des flots de larmes. Je m'asseois un instant sur un rocher qui surplombe la vallée. Nous nous arrêtions toujours là. C'est dur sans toi. Mais qu'est-ce qu'il se passe ? qui me relève le coude ? C'est humide. C'est Naïka, ma belle Naïka, de sa truffe, elle me pousse pour que je lui fasse une place. Elle me lèche. " Dis, t'inquiète pas, je suis là moi, tu peux compter sur moi". Alors oui, je me redresse et la prends dans mes bras. On se fait une fête d'enfer, complices. On y va ma belle. Nous reprenons notre trail, la foulée est lourde, quand le mental est en difficulté, les jambes ne suivent pas. Nous arrivons sur ce fameux plateau qui grouillent généralement de marmottes, Eclipse se faisait un devoir de ranger la montagne " allez, allez, on rentre dans les trous..." Mais à part quelques sifflements, rien à l'horizon. Je cherche du regard la tannière du loup. L'an dernier, nous l'avions croisé là. Nous nous engageons dans la descente non sans avoir profiter de la vue exceptionnelle. Pas de photo, mon cerveau d'humain doit être capable de garder ça en lui. Et surtout, surtout, je veux profiter de l'instant présent. Non, ce soir, je ne posterais rien sur les réseaux sociaux pour me mettre en scène. Mais voilà un léger problème, plus de chemin à la descente, une avalanche a tout emporté. C'est impressionnant tout ce qui est descendu du St Jacques. Nous montons sur les monticules de neiges, en enjambant les arbres, les pierres, les branches. Un névé plus long fera le bonheur de Naïka qui découvre les joies de la glisse. Elle me fait prendre un fou rire quand je la vois jouer, s'éclater. La vie est belle à cet instant précis. Loin du monde, loin des humains, de leurs mensonges, leur langue de bois, leurs trahisons. Je pense à Sylvain Tesson en reprenant ma course sur le sentier enfin retrouvé. Nous retrouvons les Frasses, le rythme est bien meilleur. Je vois que Naïka est en forme, sale, mais en forme, un petit détour pas le chemin des Thérèses et c'est le retour à la voiture. Les étirements, la boison, le calin à ma partenaire préférée. Nous rentrons heureux d'avoir partagé ce moment. Je sors le jet d'eau pour lui enlever la terre collée à ses flancs. Elle se laisse faire, confiante. Elle va sècher au soleil pendant que je me pose un momnent en compagnie de 'L'étranger" de Camus. Bientôt, il nous faudra reprendre contact avec l'humanité, avec la vie et ses contraintes. Mais profitons du moment présent, ensemble, c'est tout.

Chris

Un an

Salut les gens, 

Nous sommes le 12 juin. Aujourd'hui, je pourrais vous parler du passé. Je pourrais revenir sur des évènements survenus en juin dernier. Des coups de couteaux, de la souffrance du moment. En relisant les billets de l'année dernière, on peut deviné mon malaise. Mais aujourd'hui.... A la manière de Renaud, je suis "Toujours vivant / Toujours debout". Ou à celle de Font et Val " Mort aux cons et vive la vie...." Alors voilà, d'un revers de la main, je chasse le passé avec juste un coup d'oeil dans le rétro pour penser à mes amis. J'ai une chance inouïe que je mesure chaque jour. Merci Jean-Claude, Fab, Renée, Gilles, JY. L'amitié ça tient chaud.

Et je vais me fendre d'un petit mot spécial pour Céline Aubertot-Cauvin. La fameuse, l'unique, la grande Céline. A la perte de mon Eclipse, elle n'a eu de cesse de m'appeler, de m'écrire, de chercher une nouvelle compagne pour moi. Et c'est ainsi que Naïka est entrée dans ma vie. Une Naïka qui me comble chaque jour. Au moment où j'écris ses modestes lignes, elle est couchée sous ma chaise, protectrice. Merci ma Céline. Merci. Aujourd'hui, en ce 12 juin, Naïka à un an. Comme moi, elle se moque bien des anniversaires et des célébrations à la con. Elle cherche juste l'authenticité. Chez elle, rien de virtuel, de ponctuel. Elle tente, à sa manière de rendre ma vie plus belle et elle y parvient. Pour autant, jamais, jamais, jamais, je n'oublierais ma belle Eclipse, ma merveille. Pas une journée sans larmes, pas une journée sans un regard là-haut, où elle repose. Tu me manques.

Voilà, je voulais dire aux gens cités plus haut que je les aime. 

Chris.

Juin

Salut les gens,

Oui, je sais, juin déroule ses jours pluvieux sur nos têtes depuis quelques semaines déjà. Oui, je sais, j'aurais pu venir ici vous prodiguer quelques menus conseils pour vos soirées. Parce que oui, comme le dit si bien Xavier Thévenard, grand traileur et personnage à part : " Il n'y a pas de mauvais temps, juste des mauvais vetements." C'est en écoutant ces paroles que je me lance souvent, couvert d'une veste de pluie, sur les sentiers de ma tarentaise. Et oui, courir fait du bien. Retrouver cette liberté de sortie, de vitesse, d'itinéraire que nous donne la solitude, c'est géant. Mais je vais quand même me permettre quelques conseils.

Un livre ? "A l'aube", le dernier Philippe Djian. Son style, ses histoires, je suis complètement fan.

Un disque ? " Parlons-nous" de Eric Frasiak. Rempli de bijoux.

Un moment sur la toile ? "Trail dog" de Salomon. Je le regarde en pleurant à chaque fois. Le protagoniste nous dit " va courir, même quand il pleut..."

A bientôt les gens.

Chris.

Vide

Salut les gens, 

Enfin, enfin, les humains cessent de nous saouler avec leurs voeux à la con. Oh ils en traînent encore ici ou là, lorsque les hommes n'ont rien d'intéressants à partager. Je hausse les épaules à chaque fois et me replonge dans mes habits de fantôme. 

Bordel que la vie est fade sans mon Eclipse, putain que sa disparition est une plongée en enfer. Pas une minute, pas une seule minute depuis qu'elle est partie, je n'ai pensé à elle. Je ne suis pas le roi Renaud, je n'ai pas comme lui " Ce don du ciel, cette grâce, qui rend la vie moins dégueulasse". Je veux parler du talent d'écrivain, de manieur de plume. Pourtant, je voudrais tant puiser dans les mots, le remède. Faire courir sur le papier ou sur les touches du clavier, la haine, la colère, l'injustice, la tristesse et la détresse. J'écris ces lignes en regardant la montagne là-haut, où elle repose. Cette montagne que nous avons gravi tant de fois, elle est moi. En trail, en randonnée, en ski. J'ai l'impression qu'une force invisible m'appuie sur les épaules, me maintiens la tête en bas. Combien de fois nous sommes nous assis côte à côte en regardant la vallée et le monde d'en bas. Combien de fois l'ai-je pris dans mes bras tout au sommet en lui disant merci. Merci d'exister, merci d'être là. Merci de m'avoir donné envie de recourir la montagne. Je suis vide, vidé, épuisé et fade. Nous sommes le 12 janvier, aujourd'hui, Naïka a 7 mois.Une fabuleuse petite chienne retriever. Douce, gentille, caline et belle. Elle aussi, comme ma compagne et mes amis, va tenter de me faire remonter cette putain de pente. Le 12 janvier, je n'ai pas encore chausser les running de l'année, pas chausser les skis, pas les raquettes. Une petite mort en somme. Pas le goût. Sans Eclipse, tout est dérisoire. Vous qui passez par là devez vous dire " il est barge celui là, pour un chien...". Oui, je suis barge et comme le chante si bien Renaud " Si moi je suis barge ce n'est que de tes yeux, car ils ont l'avantage d'être 2". Mon "deux" à moi, c'était cette boule de poils impulsive, solide, pleine de jus. Mon "deux", c'était son regard si plein d'amour. C'était sa joie de bondir hors du coffre tandis que je chaussais sac à dos, chaussures de ski ou mes basquettes. Elle revenait comme une bombe après être allée fouiner dans les fourrés. Elle semblait demander " On va où Chris ?". Et au retour, quand elle sautait de nouveau dans la voiture, je ne dérogeais jamais au rituel du gros calin et des remerciements. Eclpise a embelli 8 ans de ma vie. Inséparables, complices, elle m'a aidé à surmonter tous les coups bas de l'existence. Les disparitions, les embrouilles, les mensonges, la vie. Il y a quelques jours, j'ai emmené Naîka chez le vétériaire. On nous a installé dans le même cabinet, sur la même table que lors du décès de ma merveille. Et tandis que le véto me parlait, les larmes me sont monté et j'ai pleuré là, devant ce jeune mec incrédule et démuni qui ne savait quoi dire. Depuis, j'ai bien du mal à refaire surface. Tiens, au moment d'écrire ses lignes, une petite chienne vient déposer son museau sur ma cuisse. Je délaisse un instant l'ordi pour caresser sa tête. Merci ma Naïka. Tu as sans doute raison. Il ne faut jamais oublier Eclipse, mais tenter de remettre un pied devant l'autre pour continuer l'histoire. "On ne refait pas sa vie, on continue seulement" a écrit Djian. Continuons alors....

Chris 

Carnet de trails

Salut les gens, 

Quelques menues misères me sont tomber sur la gueule en cette satanée année 2017. Il faut, à chaque épreuve, se relever et continuer. Des disparitions, des trahisons, des départs, des déceptions, la mort d'Eclipse... Je trouve que ça commence à faire beaucoup. Maintenant, ce sont mes potes qui sont touchés, je vais tenter d'aider. Mais pour ça, il me faut aller mieux d'abord. Pour remonter cette pente, quelques remèdes, comme des pansements sur mes plaies. L'amitié, putain, c'est vrai que ça tient chaud. C'est juste beau et désintéressé. Je vous le dis encore une fois pendant que nous sommes en vie. JE VOUS AIME. Et pas d'un amour de paccotille, pas d'une passade avant d'aller s'accoupler avec une autre bête, non, d'un truc vrai, sincère et durable. Nous sommes dans une société de consommation. Acheter, jeter, changer, voici quelques mots d'ordre. Mais parfois, quand on parle d'humains, ça peut toucher. Bref. La lecture me fait passer de bons moments aussi. A porté de main, " Les fleurs du mal" de Baudelaire et ses fameux " L'albatros" ou "Elévation". Pas loin, Rimbaud ou Céline Aubertot-Cauvin. Moi, ça me fait du bien. Et puis...Le retour sur les sentiers, de façons progressif. le 29 juillet, je courais ( tentais), la 6000 D, le 31 mon Eclipse s'en allait. Alors depuis.... Mais c'est là haut que je suis bien. Loin des salauds, des manipulateurs. Alors je rechausse les runnings. Voici quelques sensations des dernières sorties.

Jour 1 : Je regarde ce Mont Jovet que j'aime tant. les couleurs d'automne enveloppent ce joli massif, il semble même m'appeler. Go. Départ de Aime 2000, à la fraiche. il fait zéro degré. Je mets les gants et je me lance dans la première descente en forêt. Il faut faire gaffe, les feuilles dissimulent les racines et les rochers encore trempés. De suite, je sais que j'ai les jambes. J'arrive vers les chalets d'alpages, la retenue d'eau. La première pente vers la pointe du Jarset est ardue, peu importe, je souffre en silence. En retrouvant le goût des sorties solitaires, à mon rythme. A chaque pas, je pense à Eclipse. Elle me manque. Les cerfs s'en donnent à coeur joie dans la forêt en contrebas. Je les entends mais ne les verrai pas. La vue est splendide. Versant opposé, la Pierra Menta domine, les couleurs sur la grande Parei ou la Roche à Thomas sont incroyables. C'est un moment hors du temps. Lorsque se dessine les pentes enneigées du Mont Jovet, mon sourire disparait. Deux chasseurs, sans leur tenue fluo obligatoire sont sur mon chemin. Sur le dos d'un des flingueurs, un bébé chamois. Comment peut-on tirer là dessus ? Il faut avoir une vraie pierre à la place du coeur. Je poursuis avec l'envie de pleurer. Voilà, j'arrive au sommet, là, c'est l'apothéose. La vue est à 360 °. Les glaciers de la Vanoise, le grand bec, la grande casse sont au soleil. Je contemple le spectacle de dame nature. Voilà la descente sur le pas des brebis et la remontée sur les crêtes du Bécoin avec toujours ce panorama à tomber. Et merde, voilà un nouveau chassassin sur mon chemin. Accroupi sur le sentier, sans ralentir, je lui passe sur la tête, il scrute la pente. Moi, je me dis que dans 10 mn, je serais dans son viseur à ce taré. Me voilà au col de la Lovatière, les marmottes jouent encore avant l'arrivée du général hiver. Les jambes sont toujours là, je décide de rallonger en remontant depuis les pistes de la Plagne sur les crêtes par un autre versant. Devant moi se dressent le Mont Pourri, Bellecôte et le Mont Blanc. Y a t-il meilleur endroit pour réaprendre à vivre ?Je surplombe à présent les stations.Un coup d'oeil. C'est top. En bas, la voiture m'attend. Je me change tranquillement et me ravitaille. Que c'est bon de se sentir vivant.

Jour 2 : Le lendemain. J'ai moins de temps. Impossible de se lancer dans une sortie trop longue. Mais la région regorge de sentiers, d'itinéraires parfaits pour le trail. Ce sera le versant du soleil. Je me lance sur les pentes menant à Granier. Quelques minutes à peine après avoir pris le chemin, un joli chevreuil déboule apeuré et détale. Mon ami, tu ne crains rien, je suis ici sans arme et sans haine. C'est encore un jour avec, j'enchaîne les virages de la montée sans fléchir. Je guette les bruits alentours. Les cerfs brament tout ce qu'ils peuvent pendant qu'ils sont encore en vie. La combe aux boeufs est avalée, je poursuis, Les Raiches et sa vue sur le Mont Jovet de la veille, sur Bellecote, le Pourri. Le soleil perce entre les arbres. J'adore. Et aujourd'hui, pas de risques de croiser un tueur en caca kaki. Là haut, la roche à Janathan me tend les bras. Putain que c'est beau. Comme ça m'a manqué tout ça. Il me manque juste ma merveille, mon Eclipse, partie à tout jamais. Je m'accroche pour ne pas marcher dans la montée, go, go, go. Pour moi, sans prétention, sans comparaison avec d'autres, sans esprit de compétition, sans souhaiter qu'on me voit. Je cours. Viens le moment de la descente, un pur régal. Je regarde la vallée en bas et les bruits des cerfs s'accentuent. Me voilà arrivé. Boire, se restaurer, admirer et rentrer...

Jour 3 : Là, c'est sûr, c'est nettement moins bien.Chaque foulée est un effort. l'accumulation après les efforts des jours précedents se fait sentir. A chaque détour du chemin, une bagnole de chassassins. Oui, ces protecteurs de la nature qui sont incapables de faire 500 m. M'en fous, je monte, monte, monte. La vallée de Foran s'ouvre devant moi, les dents de la Nova et le reste. Impressionants et majestueux. Je serre les dents, c'est hard aujourd'hui. Et en regardant le st Jacques, je craque. Je pleure, je pleure, je pleure. Je pleure mon Eclipse, je pleure son absence, je pleure son amour. C'est cuit pour aujourd'hui. Je prends la direction des fours pour rentrer. Plus goût, juste envie de me jeter à l'eau. Alors, je prends la décision de me finir. J'accélère, j'accélère, j'ai mal au coeur et aux jambes mais je vais à bout, au bout. Je sèche mes larmes à la bagnole. Je reviens vers la vallée et le monde. Cet après-midi, je ne sortirai pas. Je m'isole. 

Voilà les gens, je vide mon sac. 

Chris

Sentiers

Salut les gens, 

L'automne est là et bien là. Avec lui, les premières neiges sur les sommets, les premiers froids et les premiers crétins avinés qui tirent sur tout ce qui bouge. La chasse vient d'ouvrir et déjà son lot d'accidents. Bon, quand un connard de 73 ans tente de courir après les chamois sans avoir leur dextérité et qu'il se casse la gueule, je suis bien obligé de me marrer. En voilà un qui ne tirera plus rien. Quand un taré tire sur un gosse de 13 ans et le tue. Que dire ? D'abord apprendre que le gamin participait à la sortie chasse. Bon, en voilà deux qui n'achèteront plus des conneries pour les fêtes de Noël et surtout deux qui ne pourront plus vampiriser la nature. Quand un autre abruti blesse grièvement un autre gosse de 11 ans. On s'énerve ? Ben non, les parents qui n'ont rien entre les oreilles et emmènent leur progéniture flinguer des animaux au lieu de leur apprendre le respect de la vie, je ne les pleure pas. Mais, mais, mais, quand ils en sont à tuer 4 ânes dans un champ, un chien de randonneur, un poulain, alors là oui ça me met les nerfs en pelote. Là oui, je hurle avec les loups. Je crie avec les naïfs qui pensent que Nicolas Hulot est un écologiste. Je signe les pétitions pour faire interdire cette connerie au moins les dimanches. Merde à la fin. De quel droit cette poignée d'inconscients avides de sang nous empècherait de courir, de pédaler, de ramasser les champignons, de se balader en famille. Samedi, mon pote m'appelait pour me dire qu'il ramassait des champignons au son du canon. "Gaffe que je lui dit"...

Chris en colère contre cette misère humaine.

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